Vous avez quoi sur le coeur ?
Yasmine - Un immense ras-le-bol. Le X ne m'a strictement rien apporté,
hormis des jaquettes de films qui me poursuivront à vie. C'est
une énorme désillusion. Mais je ne regrette pas de
m'être engagée dans la voie du X. Lorsque je l'ai fait,
Grégory Dorcel (le fils, qui s'occupe des contrats - ndlr)
m'a dit : "On va faire de toi une star, et même quand
tu arrêteras on t'aidera, on est une famille, on ne te laissera
pas tomber." J'ai signé pour trois ans chez eux, mais
depuis que je ne suis plus liée à cette compagnie,
je n'ai pas eu la moindre nouvelle.
Vous avaient-ils fait des promesses garanties
par un contrat écrit ?
Pas au sens formel du terme. D'après eux, il s'agissait d'un
engagement moral fort. Suite à ma décision d'arrêter
le X, je les ai rappelés : ils étaient sans cesse occupés,
jamais joignables. Je peux comprendre qu'ils aient beaucoup d'affaires à gérer
vue l'étendue de leur business, c'est quand même une
grosse boîte. Mais j'aurais aimé qu'ils m'aident ; j'ai
un nom, j'aurais voulu développer la "marque" Yasmine,
exploiter des produits dérivés, faire un livre, que
sais-je encore, simplement pour vivre et continuer d'exister.
Votre ego en a pris une claque ?
Forcément. Du jour au lendemain, je suis sortie de la lumière.
Je ne suis plus rien alors que l'on continue à me dire "j'adore
tes films", sur internet ou dans la rue.
Vous avez arrêté en février 2009.
Pourquoi ?
J'ai démarré il y a cinq ans maintenant, chez VCom,
et j'ai mis fin à ma carrière d'actrice quand la maison
Dorcel a voulu me faire signer pour la quatrième année
consécutive. J'ai refusé parce que je devais travailler
autant en étant moins payée. Au bout d'un moment, ça
suffit : on n'est pas des objets même si la plupart des gens
le pensent.
Il y avait également trop de pression : on se retrouve en
représentation permanente, même dans la vie personnelle.
Ils m'interdisaient de sortir sans maquillage, contrôlaient
mes fréquentations avec surveillance de loin, savaient toujours
où j'étais. Puis ils m'ont reproché d'avoir
maigri. "Si tu ne reprends pas du poids, on te vire direct !" J'avais
beaucoup perdu à cause de la pression mentale et physique,
de l'excès de travail, je n'avais plus le temps de manger.
Pression et dépression ?
Exactement. J'ai dû ensuite me gaver comme une oie et prendre
un antidépresseur puissant afin de pouvoir grossir. Je suis
devenue dépendante et je me sentais très mal. Je n'ai
jamais touché à la drogue, contrairement à ce
qu'ils croyaient. Ils m'ont dit : "C'est pas possible, tu te
défonces, on n'arrive pas à te retoucher sur les jaquettes
de DVD."
Dorcel domine le marché français du X...
Quand je travaillais encore pour eux, ils faisaient 13 millions
d'euros de chiffre d'affaires annuel. C'est un petit empire, distribué dans
cinquante-six pays, 50 % des Français connaissent la "marque
au toucan". Ils ont lancé la première VOD (vidéo à la
demande - ndlr) en France, créé leur propre chaîne,
Dorcel TV...
Ils auraient pu vous proposer d'être présentatrice.
Je l'ai fait quand j'étais leur égérie, mais
depuis que j'ai décliné leur proposition de contrat,
plus rien.
Vous leur en voulez ?
Ah oui ! Parce que j'ai certes un nom mais aucun contact sérieux.
Je rencontre des gens dans les soirées mais on ne m'a proposé que
des films, encore et encore.
Combien en avez-vous tourné ?
A peu près vingt-cinq, à raison d'une ou deux scènes
par film, chaque scène demandant trois à quatre jours
d'un travail que les gens croient facile mais qui est en réalité très éprouvant.
Ça fait donc cent jours de tournage en trois ans. Ça
ne paraît pas colossal.
Ce qui l'est, ce sont les multiples salons érotiques où on
vous sollicite en permanence, ou les apparitions médiatiques
jusque dans les plus petites radios locales. Les salons se tiennent
beaucoup à l'étranger, Las Vegas, Berlin, Barcelone
puis Madrid, à peu près partout en Europe, dans les
pays de l'Est aussi.
Combien gagniez-vous au début ?
J'étais chez VCom, la seule entreprise qui propose un salaire
aux actrices pour faire de la visioconférence sur internet.
Là, on exécute ce que les abonnés nous demandent
de faire à l'image, dans les limites de la loi. Je m'exhibais
trois heures par jour, week-end compris, et gagnais 1 000 euros par
mois. Je ne touchais aucun pourcentage et n'avais aucun moyen de
vérifier ce qu'ils touchaient grâce à moi.
Il y a donc une opacité incroyable dans ce business.
Ça oui, on peut le dire... Les actrices - les acteurs aussi
- font tout et ce sont elles et eux qui gagnent le moins d'argent.
Seuls les producteurs et ceux qui gravitent autour ramassent du fric,
ils ont de très belles maisons pendant que les X girls galèrent.
C'est chez VCom que votre cote commence à monter
?
Oui, c'est à cette période que Dorcel m'a repérée.
Je faisais un salon à Berlin. J'adore l'ambiance des salons,
les contacts, d'autant plus que le travail ne vient jamais tout seul,
c'est à toi d'aller à la rencontre des producteurs.
Il faut se montrer le plus possible pour prouver qu'on existe. Ce
qui me fait doucement rigoler, c'est qu'ils osent appeler ça "la
famille du X" alors que tout y est d'une hypocrisie sans nom.
Si tu ne participes pas à leurs soirées, si on ne te
voit pas lors de certains événements précis,
c'est même pas la peine de continuer. Je tiens à préciser
qu'on ne m'a jamais forcée à entrer
dans le porno.J'ai fait exactement ce que j'avais envie de faire.
Je ne pleure pas aujourd'hui parce que la terre entière peut
me voir dans des films de cul. Je suis exhibitionniste, j'aime le
sexe. Je fréquente encore les boîtes échangistes.
Je ne renie absolument rien, là n'est pas le problème.
Maintenant,
je sais pourquoi je suis devenue hardeuse. J'ai suivi une thérapie. Ma mère et ma grand-mère ont toutes
deux été violées. Pas moi, mais j'ai subi des
attouchements sexuels, notamment de mes cousins. Au départ,
je ne savais pas que j'étais "motivée" par
le viol de ma mère, mais lorsque j'ai découvert ce
qui lui était arrivé, tout comme à sa propre
mère, j'ai comme voulu dire "stop" ! Je serai responsable
de ma sexualité, personne d'autre n'aura le droit d'interférer.
Les gens imaginent volontiers que les hardeuses sont
des filles à problèmes...
Qu'en pensez-vous ?
On ne devient pas actrice de X par hasard. Inconsciemment, chaque
fille porte une blessure, une fêlure, un traumatisme important,
mais je l'ignorais jusqu'à ma thérapie. Les exceptions
sont rarissimes.
Pensez-vous que les actrices sont malheureuses ?
Incontestablement, oui. On a tous envie d'être aimés,
mais les actrices qui font ce métier, avec une carrière
qui court en moyenne de deux à cinq ans, souffrent d'une blessure
profonde. On a une reconnaissance médiatique, publique, mais ça
ne fait que masquer l'essentiel. En tournant des films hard, on touche à cette
espèce particulière de gloire qui "nourrit" l'intérieur
mais ne soigne rien et de surcroît ne rapporte rien sur le
plan financier.
On peut également arriver dans le porno sous
la contrainte d'un homme...
Il y en a plein, oui. Certaines actrices se lancent pour faire plaisir à leur
mec parce qu'il veut à tout prix devenir acteur. On ne peut
pas devenir acteur comme ça, il faut au minimum débarquer
avec une jolie nana. Les filles peuvent aussi se retrouver manipulées
par les réalisateurs : "Si tu ne couches pas avec moi
tu ne pourras pas tourner". Quelquefois, ça peut être
positif : le petit copain veut aider la fille, voire la défendre,
parce que c'est un milieu totalement pourri sinon dangereux. Moi,
un homme m'a protégée,
jusqu'à négocier mes contrats, sinon je me serais encore
plus fait avoir.
Au départ, je ne travaillais pas pour l'argent, même
si j'en avais besoin. Mais je me disais : "Je vais faire ce
que j'aime, ce n'est pas grave." Sauf que si, c'est grave, parce
que ce qui devrait te faire vivre te ferme en plus un maximum d'autres
portes. Tu donnes ton image et en même temps tu cèdes
tes droits pour 99 ans, autant dire que tu meurs avec des images
trash de toi qui font le tour du monde.
Milieu pourri... de luttes d'ego aussi ?
Beaucoup de jalousies. On a dit qu'un proxénète me
manipulait, que je couchais avec tout le monde, ce qui est faux :
j'ai couché devant la caméra, c'était mon job.
Certains hommes poussent-ils des femmes à intégrer
le milieu du X pour ensuite les prostituer ?
Une chose, d'abord. Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de garçons
qui veulent devenir acteurs. Régulièrement, lors des
salons ou des prises de contact avec mon public, on me demande comment
faire pour devenir acteur : "Peux-tu me pistonner parce que
j'ai un gros sexe", etc. Je leur réponds qu'on ne devient
pas acteur du jour au lendemain, qu'il ne faut pas confondre un tournage
avec une partie de plaisir parce qu'on travaille avec cinquante personnes
autour.
Il est vrai que certains tournages peuvent être sordides,
se terminer en Hongrie à trois heures du matin les genoux
en sang, avant d'atterrir dans une chambre d'hôtel glauque
et sans eau chaude. J'ai fait plein de scènes dans la paille,
nue dans un froid polaire, et il n'est pas question de discuter les
ordres. On est toujours un peu malades, rhumes, sinusites, etc. Quand
il fait beau, on tourne à l'intérieur et on
crève de chaud parce que la climatisation perturbe la prise
de son, et quand il fait froid, de préférence au coeur
de l'hiver, ça se passe toujours dehors. Certains acteurs
ont du mal à assurer la scène. Je sais que des réalisateurs
ont sur eux des produits spéciaux, et je ne parle pas de la
pilule bleue. Sur certains tournages gays, les acteurs se piquent
carrément
parce que la plupart sont des hétéros qui font ça
uniquement pour l'argent - je pense en particulier aux Hongrois.
Ils gagnent en deux jours ce que leur mère gagne en deux mois.
Revenons à Dorcel. Comment fonctionne le binôme père/fils,
Marc Dorcel et son héritier Grégory ?
Marc s'occupe du côté dit artistique, il est tous les
jours au bureau, il tranche sur tout, du film à sa jaquette,
pendant que le fils gère les aspects marketing et commerciaux.
Marc se montre beaucoup plus sympathique que Grégory, plus
humain, avec une vraie classe, beaucoup d'humour. Je le trouve attachant
alors que son fils donne dans la stratégie permanente, un "cost-killer" trentenaire
et froid à qui son père a refilé la gestion
de la boîte. Je suis rentrée chez Dorcel le 1er août
2006. J'ai fait mon premier film chez eux, Story of Yasmine, en pleine
mode des beurettes.
Dorcel, c'est le symbole français du porno chic. Ses égéries
sont généralement les actrices les plus connues en
France. Combien de Dorcel Girls avant vous ?
Il y a eu Laure Sainclair la pionnière, Mélanie Coste,
la Brésilienne Priscila Sol, Oksana qui a peu duré,
ensuite je suis arrivée. Une Dorcel Girl devient aussitôt
une "star", mais je trouve le mot galvaudé. Moi,
je ne suis pas une star, juste l'égérie d'une marque,
connue dans les médias porno et un peu autour mais ça
s'arrête là. Ils m'ont structuré une image de
jolie fille chic et honnêtement, j'ai cartonné chez
Dorcel, sinon ils ne m'auraient jamais gardée trois ans...
Mais la négociation a été serrée...
Leur première proposition se montait à 1 500 euros
par mois ! J'ai refusé. A 2 500 euros brut, je dis encore
non. J'entendais : "Tu es photogénique, tu es un produit
construit, t'es pas une débutante, ce n'est pas ton premier
film comme pour les autres Dorcel Girls, et on n'est pas sûrs
de réussir à te faire décoller !" Leur
habitude, c'est de prendre une fille inconnue dont ils ne savent
rien, de la relooker et de la jeter sur le marché. Je leur
ai expliqué que ça avait un prix, que j'avais
un prix. On est finalement tombés d'accord sur 4 500 euros
mensuels, un fixe plus élevé que celui des précédentes
Dorcel Girls. En même temps, j'avais déjà beaucoup
investi. Je me suis fait refaire les seins : 4 000 euros la première
fois, toute seule, 8 500 euros la deuxième, période
Dorcel. Ils m'ont avancé l'argent mais j'ai dû rembourser
tous les mois.
Pour arriver à la taille qu'ils voulaient ou celle que vous
désiriez ?
Je me suis conformée à leurs normes. C'est un 90D,
assez standard, l'important pour eux étant moins la taille
que l'harmonie du corps. Mes seins me complexaient, comme mes dents,
mes hanches et mon nez, que j'ai aussi fait refaire. Je sais que
c'est un travail d'image et qu'il faut faire fantasmer. La chirurgie
esthétique m'a redonné confiance en moi. Moi avant
et moi après, c'est le jour et la nuit. Ça a été un
choc pour mon ancien copain, qui ne m'a pas reconnue.
Sur vous, vous en avez pour cher ?
A peu près 25 000 euros. Je n'ai jamais vu revenir un euro
de nulle part suite à ces opérations. Quand on sort
comme moi d'une famille marocaine où le papa travaille à l'usine
dans l'Ain, où la maman est au foyer avec cinq enfants...
c'est dur à encaisser. J'ai eu mon Bac, j'aurais aimé devenir
avocate mais je n'en avais pas les moyens, ça demande beaucoup
d'études.
Vous êtes partie du Maroc alors que vous étiez bébé :
est-ce que vous courez des risques si vous y retournez ? On a manifesté contre
vous parce que vous êtes actrice de X et musulmane...
C'est vrai, mais je ne pense pas que ça craigne pour moi
là-bas. On peut lire des méchancetés sur le
web du genre : "T'as vu l'image que tu donnes ?" J'avais
déclaré à un magazine : "Les filles maghrébines
sont les plus hypocrites parce qu'elles disent vouloir rester vierges
jusqu'au mariage tout en s'adonnant à la sodomie." Il
y a beaucoup d'homosexuels au Maroc. Forcément, ça
tient aux traditions qui veulent que les filles restent entre elles
et les garçons entre eux. Moi, j'aime bien les garçons
mais... j'aime bien aussi les filles, toujours pareil, à force
d'être ensemble !
Au début, Dorcel vous a traitée comme
une reine ?
Oui. Survalorisation bidon, beaux cadeaux par-ci, trois jours à Disneyland
par-là pour marquer le coup. J'ai compris mais un peu tard.
J'ai réalisé que ce qu'on m'avait fait miroiter ne
correspondait pas à la réalité. C'était
tout nouveau pour moi, et j'ai percuté lors de la signature
de mon deuxième contrat annuel. Ils m'ont fait comprendre
qu'ils pouvaient me remplacer par n'importe qui. Les filles rêvent
d'y travailler quitte à ne pas être payée, je
vous assure !
Aujourd'hui, j'assimile ça à de l'esclavagisme : je
n'avais pas droit à une vie privée, j'étais
sous leur dépendance totale, pieds et poings liés.
J'ai été exploitée. Cantonnée systématiquement
aux Etap Hotel et Formule 1. Tu veux juste un lit propre, une douche
qui fonctionne et tu dors parfois toute habillée dans des
taudis. Je l'ai dit à Dorcel, rien n'a changé. Le pire
cauchemar que j'ai vécu, c'est à Prague. J'étais
avec l'actrice Nina Roberts. Nous tournions avec un réalisateur
très spécial ; très gentil mais... il voulait
faire du cinéma dans le porno, alors qu'à mon sens,
le porno reste du porno. Je revenais du salon de Madrid qui m'avait
déjà fatiguée, j'ai atterri à Prague à 11
heures du matin. Et le mec met dix ans à faire des scènes
de comédie... J'avais deux scènes d'affilée,
j'ai arrêté le lendemain à 7 heures du mat. Dans
un château pas chauffé. En plus, j'avais deux partenaires,
j'ai cru mourir.
Une autre fois, on a tourné dans un bordel où l'on
a dû dormir alors que les autres étaient à l'hôtel
en face, j'ai pété un câble. C'est pour ça
que la plupart des filles carburent au Redbull, parfois à d'autres
trucs moins légers... Seule exception : Hervé Bodilis,
réalisateur principal de Dorcel. Avec lui, on se donne à fond
parce qu'il réunit les meilleures conditions de travail. C'est
le seul avec lequel je me suis éclatée sur un tournage.
Il faut une grosse force psychologique pour tenir.
Les gens nous demande toujours si on prend notre pied sur les tournages
et on nous oblige à répondre oui, mais je peux vous
garantir que parfois, je me concentre sur tout sauf sur mon orgasme.
Je n'ai alors qu'une seule envie : finir la scène le plus
vite possible pour aller manger et dormir. Heureusement, j'avais
une discipline. Si tu ne fais pas de sport, si tu ne fais pas attention,
tu tombes dans la coke. Déjà t'es mal payée,
tu dois acheter toi-même ta lingerie, alors si le reste passe
dans la cocaïne, t'es morte.
Il y a aussi des jeunes actrices qui font des shootings ou tournent
des séquences gratuitement, uniquement pour être en
couverture d'un magazine. Elles se disent qu'on ne va jamais parler
d'elles, qu'elles n'intéressent
personne, ça les fragilise et elles se découvrent.
C'est à ce moment précis qu'on les utilise. Il y a
beaucoup de pression là-dessus, notamment du côté du
magazine leader Hot Vidéo - tout le monde les appelle "Chiottes
vidéo". Eux et eux seuls font une carrière. Alors
je le dis haut et fort : oui, c'est vraiment "Chiottes vidéo" !
Pourquoi cela vous met-il en colère ?
Parce que la plupart des journalistes qui travaillent chez eux exercent
du chantage sur les filles. Il faut coucher pour avoir la couve.
Moi j'ai fait la couverture mais grâce à Dorcel, et
parce que je faisais vendre. C'est du droit de cuissage et je trouve ça
dégueulasse, d'autant que les filles ne sont pas toutes armées
mentalement et intellectuellement pour lutter. C'est un milieu où l'on
n'aime pas trop les filles intelligentes qui cherchent à comprendre
comment tout cela fonctionne, qui perçoivent les magouilles
avec des sociétés-écrans par exemple.
Le bruit circule qu'une majorité d'actrices X
tapinent.
Attention, je tiens à dire que Dorcel n'a jamais essayé de
me vendre, contrairement à d'autres boîtes avec leurs
filles. Et comme à peu près dans tous les milieux où les
filles sont jolies. Certaines sont obligées de se prostituer
pour survivre parce que le X ne leur suffit pas. On a des propositions
non-stop, moi j'en ai encore, y compris sur Facebook. Ils ne donnent
pas de prix, ils disent : "Ton prix, c'est le mien". C'est
l'un des fantasmes dominants : coucher avec une hardeuse. Je me vis
comme un fantasme, alors si un homme me paie pour ça, je casse
mon image à mes propres yeux. Je pourrais en mourir...
Vous est-il arrivé de sentir que le X pouvait vous faire
mourir d'une manière ou d'une autre ?
Oui, oui... bien sûr. Ça m'est arrivé. Je n'ai
jamais essayé de me suicider parce que je suis trouillarde
mais j'ai beaucoup, beaucoup pleuré. J'ai pris sur moi, parce
que quand tu fais tout ça, tu te retrouves souvent seule sur
la route, complètement seule. Aimée par beaucoup de
gens mais c'est du virtuel. Tes rapports sont faussés avec
tes vrais amis, tu ne sais pas s'ils sont avec toi parce que tu t'appelles
Yasmine ou parce qu'ils veulent coucher avec toi, tu ne représentes
qu'un trophée, tout le temps. Ça continue d'ailleurs.
Je trouve ça dommage.
Quels sont les autres dangers ?
Sur internet il y a beaucoup de faux réalisateurs, de faux
producteurs et des castings bidons. Je connais une fille qui s'est
rendue à un casting, elle devait faire une vidéo avec
un mec. Bilan : il l'a baisée, il ne l'a pas payée
pour la scène et il l'a foutue à la rue. Elle n'avait
pas d'argent, elle ne pouvait pas se payer l'hôtel, elle était
dans la merde complète... L'abus de faiblesse est très
fréquent.
Je vous laisse conclure...
Aujourd'hui, je suis dégoûtée de ce milieu.
Toujours pareil, les mêmes choses qui reviennent, sans cesse
de nouvelles filles tenant un discours de "chiennes", qui
pensent faire carrière et se plantent. J'ai cessé de
tourner parce que je ne couchais pas, et que sans ça, tu ne
tournes pas. Je suis une actrice pornographique mais je ne serai
jamais une pute...
Propos recueillis par Philippe Vecchi
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