Ce
mot n'est pas très connu par les professionnels de la santé
psychique, de même celui de "dépendant sexuel"
ou "sexuel compulsif". Pour quelles raisons ? Essentiellement
à cause des lacunes dont font preuve la majorité des
spécialistes en ce qui concerne la dépendance sexuelle.
Combien de fois des dépendants pleins d'espoir d'en sortir
ont été
déçus en entendant leur psy ou leur sexologue déclarer
: « Ne vous inquiétez pas, la pornographie n'est pas
un péché, vous n'avez pas à culpabiliser pour ça
! »
Ils n'ont tout simplement rien compris à la demande du patient.
Ils n'ont pas suffisamment écouté l'histoire personnelle,
souvent difficile à exprimer, du dépendant à la
pornographie. Ils n'ont pas su trouver les mots qui dédramatisent
tout en prenant au sérieux le SEVRAGE à effectuer.
Car il s'agit réellement d'un sevrage, tout comme pour le
dépendant au tabac ou à l'alcool. Et ce sevrage prend
du temps, tant sur du point de vue physiologique que psychologique.
Dans certains cas, l'accro au porno voit sa vie chavirer complètement
: il ne dort presque plus, ne se nourrit pratiquement pas, perd
sa femme ou sa petite amie, s'éloigne de ses collègues
et perd même son emploi. C'est pourquoi le dépendant
doit être vraiment pris au sérieux par son psy.
Voici le témoignage d'une femme :
« Mon époux avait dans le passé fait la difficile
démarche de parler de son problème à une
psychologue. A aucun moment, elle ne lui a parlé de porno-dépendance.
Elle a au contraire banalisé le problème et conforté
mon mari dans sa situation en lui affirmant que tous les hommes
aimaient la pornographie et que cela ne devait pas être
culpabilisant. A lui de gérer sa consommation. Autant
demander à un alcoolique de gérer sa consommation
d'alcool ! »
Le témoignage d'un homme :
« J'ai essayé de consulter un psychiatre (6 ou 7
séances). Cela m'a déçu, par son approche
peu pragmatique et cette façon caricaturale d'écouter
et de ne pas répondre aux questions, à la Coluche
("je suis allé voir un spy parce que je faisais pipi
au lit. Maintenant ça va mieux, je fais toujours pipi
au lit, mais j'en suis fier ..."). Il m'a semblé incapable
de me renseigner sur les dangers, même
"potentiels" de la pornographie, incapable de simplement
me parler de l'existence de compulsion sexuelle (ce que j'ai
découvert en consultant votre site), ni de me guider vers
des ouvrages écrits (ou ressources) traitant de mon problème,
malgré mes efforts pour formuler des questions ciblées
et demander une approche pratique, qui ne se voulait pas synonyme
de longue introspection. »
Et le témoignage d'un autre :
« Là, dans l'espoir de comprendre, j'ai consulté
un psy mais il n'a pu m'apporter la parole dont j'avais besoin,
il m'a juste permis de pouvoir trouver les mots pour en parler.
Le vrai éclairage m'est venu en visitant votre site, il
m'a permis de remplacer le mot
"pervers" par "dépendant", chose dont
je ne me rendais même pas compte ! »
Dans mon propre cas, la première psychothérapeute
que j'avais consultée m'avait conseillé de transformer
mes fantasmes en réalité dans mon couple! Si elle
avait pu voir à quoi ressemblaient mes fantasmes de porno
dépendant, elle ne m'aurait sûrement pas conseillé de
le faire ! Quant au second psy, il m'a déculpabilisé en
me disant que je pouvais gérer ça en me le permettant
de temps en temps. Ce qu'il n'avait pas réalisé c'est
que j'avais justement du mal à « doser ». Je
lui ai répondu : «
Je me connais, c'est tout ou rien ! Pour le tabac, j'avais essayé
de rester à un rythme de quatre ou cinq cigarettes par
jour mais je me sentais en manque toute la journée. Je
me suis senti vraiment libéré lorsque j'ai arrêté définitivement.
»
Comme vous pouvez le constater au fil de ces témoignages
de drogués du sexe, la pornographie c'est TOUJOURS PLUS
; c'est sans doute la raison pour laquelle celui qui veut décrocher
n'a pas d'autre choix que TOUT OU RIEN ! Ma propre expérience
et celles de nombreux internautes m'ont persuadé que « tout » menait à
une impasse (à "l'enfer", comme le dit si bien
un internaute). Celle de « rien » même
si la route est longue, mène à la liberté. A
chacun de choisir, en toute conscience, ce qu'il veut faire de
sa vie. A la pratique, celle du sexolique passe par le nécessaire SEVRAGE.
Alors, bien entendu, il y aura toujours des psys pour prétendre
que la radicalité de la méthode ne peut pas convenir à
tout le monde, que l'on peut amener le dépendant à aménager
des périodes "homéopathiques" de consommation,
et même pire, comme dans le cas ci-dessous :
" Cela fait trois mois que j'ai entamé mon sevrage.
La découverte de ce site y est pour beaucoup dans le déclic
qui m'a amené
à prendre cette décision. J'étais alors
habité
d'une véritable détermination, mes motivations étaient
claires, je me sentais fort. J'ai bien sûr rechuté,
comme tout le monde, ou quasi, et c'est dur. J'ai entamé une
psychotérapie et là mon bilan est trés mitigé:
J'ai appris à
m'ouvrir, parler de moi à une personne n'exercant pas
de jugement. J'ai fouillé mon passé pour entrevoir
quels avaient pu
être les déclencheurs qui m'ont fait adopter de
tel mécanismes. Aujourd'hui, j'ai pris le décision
de changer de psy. On ne partage pas le même objectif.
Lui voulait que je me débarasse de ma culpabilité afin
que l'attrait pour le porno ne devienne plus un problème,
et donc perde son caractère attractif. Dernièrement,
il m'a fait parvenir une dizaine d'adresses de sites hard, voire
sadomaso, afin que je puisse en extraire des images qui allaient
du dégoût
à l'excitation. Non pas à seul but d'illustration
de mes possibles phantasmes, mais plutôt pour en revenir à leur
genèse. Cela ma évidemment effrayé dans
un premier temps, puis m'a fait poser maintes questions. Je me
suis aperçu que le travail avec lui m'éloignait
de plus en plus de mes premières visions de la vie sans
porno. Que mon capital force s'épuisait, bref que l'aspect
dépressif qui va de pair avec ce comportement n'avançait
d'aucune manière, bien au contraire. Cette voie n'est
pas la mienne...."
A mon avis, soit ce psy est dépendant
lui-même, soit il est complètement inconscient et
donc dangereux. Depuis que cet homme vient discuter sur le Forum ,
il ouvre de plus en plus les yeux et recommence son sevrage.
Pour terminer, voici le message d'un internaute qui rend
les honneurs aux psys:
"Je tiens à rectifier l'intentionnalité de mon témoignage
sur mon psy. Je ne crois pas qu'il soit mauvais, mais son aide par rapport
à mon problème avec le porno s'est essentiellement centrée
sur un souci pour lui de m'aider à me déculpabiliser.
Car c'est avec un sentiment de honte que j'abordais ce sujet en thérapie,
jusqu'à présent. Mais maintenant, grâce à
votre site, j'aborde mon problème sous l'angle de mon addiction
au porno. J 'ai pu constater alors, lors de la dernière séance,
que mon psy était à la hauteur pour m'aider à avancer
sur cette question. C'est moi qui ai influé sur l'orientation
de ma thérapie, en quelque sorte. Cela me permet de rappeler
qu'un patient a une part de responsabilité dans sa relation à
son psy. Il peut certes en changer, mais il peut également l'interpeler,
le solliciter, et assumer sa volonté de changement. Il est parfois
facile d'imputer sa passivité à une défaillance
du psy. La remise en question personnelle est souvent un merveilleux
moteur d'évolution. Mais entendons nous bien, j'ai employé
le terme "parfois"..."
R: Vous faites bien de le rappeler. En
effet, le psy ne travaille bien que si nous lui donnons des "pistes"
à explorer. Mais je pense que plus les années
passeront, plus les psys seront au courant du problème
du sexolisme et sauront le traiter au mieux.
A vous, professionnels de la santé psychique, de responsabiliser
celui qui vient vous consulter pour ce genre de dépendance,
en travaillant bien entendu sur la honte et la culpabilité,
mais sans complaisance pour cet accro malheureux qui sommeille
en lui et qui a du mal à retrouver le chemin vers la
liberté. Car vous aurez à l'accompagner aussi
bien dans les méandres de ses contradictions profondes
qu'au bord du gouffre des possibles rechutes. Et là,
il vous faudra beaucoup de patience et énormément
de compassion...
Orroz